Portrait d'après blessure Hélène Gestern

Olivier et Héloïse sont dans le métro. Collègues, ils vont déjeuner. Mais une explosion retentit et les blesse, un attentat.

Au réveil, meurtris dans leur chair, ils découvrent les blessures invisibles, les bouleversements que leur vie doit désormais supporter, non pas à cause de l’événement, mais à cause d’un cliché d’eux repris par la presse et donnant lieu à toutes sortes d’interprétations.

On aurait pu croire que l’attentat, le fait divers, soit le centre du roman, mais il en est plutôt le déclencheur, le point d’impact. C’est la photo volée d’un moment de souffrance, d’une seconde dans la vie d’un homme et d’une femme qui aura une répercussion immense sur leur vie entière et celle de leur entourage, qui est au coeur du livre, et qui interroge.

Le récit est émaillé de quelques souvenirs de photographes ou personnes parlant avec recul de certaines images qui ont marqué leur vie, encadré par cette très belle citation de Willy Ronis : « La photo n’est pas un parpaing avec lequel on puisse construire n’importe quoi. Je me sens entièrement responsable de l’utilisation de mes images. »

J’ai beaucoup aimé cette histoire, bien construite et qui pousse à la réflexion sur l’impact des photos, dans un monde où le visuel et la mise en scène sont omniprésents. Une réflexion également sur le droit à l’image et le droit à l’information, notions tellement actuelles. Une belle découverte.

Hélène Gestern est une écrivaine française née en 1971. Elle est aussi enseignante-chercheuse à l’Université de Nancy.

Portrait d’après blessure est paru en septembre 2014 aux éditions Arléa (20€).

Morceaux choisis :

« De toute façon, je ne vois pas, moi non plus, quels mots poser sur cette image, dont je comprends maintenant qu’elle est en train de tout faire trembler autour de nous. »

« A cet instant, je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé au photographe qui avait pris le cliché pour Scoop-Images. A celui qui avait fichu ma vie en l’air avec la même facilité qu’on pousse une rangée de dominos. Combien avait-il monnayé le prix de mon existence : mille, deux mille, dix mille euros ? Il lui avait fallu moins d’une seconde pour appuyer sur le déclencheur ; mais, à moi, cela prendrait des mois, des années peut-être, pour réparer les dégâts, si tant est qu’ils soient réparables. »

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