Leur histoire Dominique Mainard

Nadèjda vit seule avec sa fille Anna, qui n’a pas prononcé un mot depuis qu’elle a l’âge de le faire. Pourtant elle n’est pas muette. A 6 ans, Anne commence l’école mais son mutisme attire la violence de ses camarades. Sa mère la retire donc de l’école et décide de la placer dans un établissement réservés aux enfants sourds. Là elle est accueillie par Merlin…

Au fil du récit, on comprend que Nadèjda a une histoire personnelle et familiale très douloureuse. En petites touches, sont évoqués la disparition de son grand-père en des temps de guerre, la déchéance puis la mort de sa grand-mère, dans laquelle elle a joué un rôle majeur, l’absence de son propre père puis le départ du futur père d’Anna. Une vie faite de perte, de souffrance et d’isolement. Et un lourd secret à porter.

Se faisant appeler par son deuxième prénom comme pour nier sa propre histoire, vivant une vie faite d’isolement et de relation fusionnelle avec sa fille, Nadèjda est comme le petit Poucet, perdue et tentant de se raccrocher à de tous petites choses comme autant de bouées : un cabanon à la merci de la mer et du vent sur une plage, des petits papiers semés dans les ourlets des vêtements d’Anna, tics et tocs rythmant la longueur des jours…

Mais Merlin est peut-être un peu magicien… Cet homme s’occupe au quotidien des enfants sourds et a comme un sixième sens pour comprendre toutes les douleurs, tous les non dits. Grâce à sa présence et à son opiniâtreté, Anna va commencer à s’ouvrir au monde, et sa mère, même si le chemin est long et les rechutes inévitables, va progresser sur le chemin de la confiance et de la renaissance.

Ou comment surmonter des traumatismes d’enfance, comment ne pas transmettre à ses propres enfants la peur maladive et irrationnelle de la perte et surtout de l’abandon.

C’est bien un roman qui est à lire ici, un récit tout en finesse et en délicatesse sur la difficulté à s’affranchir du poids du passé familial, des chocs psychologiques endurés.

Un très beau texte.

Dominique Mainard est une traductrice de romans anglais, nouvelliste et romancière française née en 1967.

Leur histoire est paru chez Joëlle Losfeld en mai 2006 (8,65€).

Morceaux choisis :

« […] depuis quand étais-je donc si seule ? »

« […] on aurait dit qu’elle avait brusquement déposé à terre un fardeau très aimé mais trop lourd à porter et qu’elle poursuivait son chemin sans un regard en arrière. »

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à me suivre sur Facebook !
Publicités