86, année blanche de Lucie Bordes

Avril 1986. Lucie a 15 ans, elle vit dans le sud de la France. Elle raconte ses peurs d’adolescente, entre le chômage de son père et la probable avancée du nuage radioactif de Tchernobyl, elle imagine sa propre mort.

Ludmila mène une vie aisée à Pripyat. La ville flambant neuve vit de l’activité de la centrale voisine. Mais quand un incendie s’y déclare, c’est toute sa vie qui s’en trouve bouleversée. Entre incrédulité, croyance indéfectible en la grandeur de son pays, puis évacuation et finalement veillée de son mari irradié, pour les 15 jours de vie qui lui restent, elle raconte la décadence d’un état, la présence mortifère et les rêves envolés.

Ioulia quant à elle vit à Kiev. En visite chez ses amis Ludmila et Vassyl, elle assiste à l’incendie de la centrale et quitte dès que possible cette ville, pour retrouver la sécurité de son foyer. Mais la catastrophe nucléaire fait également fuir son jeune amant français, rapatriée avec les autres étrangers, marquant un tournant dans sa vie faite de rêves et de promesses, non tenues. Elle ne peut se résoudre à retrouver son mari russe, lui annonce son infidélité. Il part alors « nettoyer » la zone sinistrée, noyant son chagrin dans le travail et le sacrifice.

Lucile Bordes nous offre trois jolis portraits croisés. Si Ioulia et Ludmila se connaissent, Lucie n’est reliée à elles que par sa fascination morbide pour la catastrophe nucléaire, qui met à mal son optimisme, et son éducation communiste. Toutes trois ont cependant en commun de vivre un moment fort, voire crucial, de leur existence.

Ce roman écrit avec beaucoup de sensibilité nous fait réfléchir sur la tragédie bien sûr, mais aussi sur ce qui fait le sel de nos vies, nos peurs et nos espoirs.

Une jolie découverte.

Lucile Bordes, enseignante française, est née en 1971.

86, année blanche est paru chez Liana Lévi en mars 2016 (14,50€).

Livre lu dans le cadre du Prix des lecteurs nantais 2017.

Morceaux choisis :

« Prenez vos nuits pour imaginer : il existe un endroit sur terre où l’homme a rendu sa vie impossible. C’était il y a trente ans et c’est maintenant. »

« Le dimanche à la campagne, ici comme ailleurs, c’est la seule chose vraiment à soi, le seul temps qu’on se donne. Avec les champignons qu’on cueille on met dans le panier la forêt à l’aube, l’odeur encore rase des feuilles, celle des mousses plus élancées, féroce contre le jour qui se lève. On met le silence des troncs, et au-dessus le bruit d’eau des feuillages. […] Avec les champignons on met une journée en famille, la table où on les trie, la poêle où on les fait frire, les dimanches passés et ceux à venir. »

« Je ne situais sur la carte ni Mururoa, ni Tchernobyl. Est-ce qu’il était possible que la fin de monde ne me concerne pas ? »

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