Rien ne s'oppose à la nuit Delphine de Vigan

A la mort de sa mère, Delphine de Vigan ressent le besoin de s’immerger dans son histoire familiale.

Issue d’une lignée s’illustrant paradoxalement par la joie et la tristesse, sa propre histoire a été marquée par le destin et la maladie de sa mère. Remontant sur les traces de ses grands parents, puis sur celles de sa mère, jusqu’à ses derniers jours, elle explore en parallèle sa propre vie, de petite fille à adulte et mère aussi.

Interviewant les frères et soeurs de sa mère, sa soeur également, fouillant dans les archives familiales et dans ses souvenirs d’enfance, Delphine de Vigan raconte sa famille. Une famille tourmentée, alternant figures tutélaires, caractères forts, gais ou dépressifs. Les drames enfouis jalonnent ce roman quasi initiatique, en tous les cas sans doute thérapeutique.

On y découvre Liane, personnage enjoué et pilier autour duquel gravite une nuée d’enfants. Son mari oscille entre lumière et ombre, amour et perversion, en un personnage difficile à cerner. Lucile, une de leur filles, est d’une beauté époustouflante, sans doute pesante aussi pour la petite fille qu’elle est et la femme qu’elle deviendra, une femme fragile aussi, et une mère distante, instable, dont Delphine cherche l’amour.

C’est à la compréhension de sa mère, à travers son parcours et le regard posé sur elle par ses proches, que s’attache le travail de Delphine de Vigan. Compréhension de sa disparition aussi, qui réveille des peurs. On sent dans ses mots une sorte de fascination et d’effroi face à la notion de transmission, à l’héritage si lourd à porter et en même temps constitutif de son identité.

Delphine de Vigan utilise une écriture précise, posée malgré l’urgence de la recherche et des questionnements. Elle sait le choc, pour ses proches comme pour elle-même, que le texte qu’elle écrit peut produire et, si on la sent sincère, elle y pose ses mots personnels et dit bien qu’il s’agit de « sa vérité ».

L’écrivaine livre un récit intime et touchant, des sentiments que ses lecteurs ne pourront que partager.

Delphine de Vigan est une romancière et réalisatrice française née en 1966.

Rien ne s’oppose à la nuit a été publié par Jean-Claude Lattès en août 2011 (20€) et au Livre de poche en janvier 2013 (7,90€).

Morceaux choisis :

« Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. »

« La douleur de Lucile a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma soeur et moi. Pourtant, toute tentative d’explication est vouée à l’échec. Ainsi devrai-je me contenter d’en écrire des bribes, des fragments, des hypothèses. »

« L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. »

« Telles que j’écris ces phrases, telle que je les juxtapose, je donne à voir ma vérité. Elle n’appartient qu’à moi. »

« J’écris ce livre parce que j’ai la force aujourd’hui de m’arrêter sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance,d e mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va vous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l’ombre. »

« Quoi que je dise et fanfaronne, il y a une douleur à se replonger dans ces souvenirs, à faire resurgir ce qui s’est dilué, effacé, ce qui a été recouvert. A mesure que j’avance, je perçois l’impact de l’écriture (et des recherches qu’elle impose), je ne peux ignorer le facteur majeur de perturbation que celle-ci représente pour moi. L’écriture me met à nu, détruit une à une mes barrières de protection, défait en silence mon propre périmètre de sécurité. Fallait-il que je me sente heureuse et forte et assurée pour me lancer dans pareille aventure, que j’aie le sentiment d’avoir de la marge, pour mettre ainsi à l’épreuve, comme si besoin en était, ma capacité de résistance. »

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