HHhH Laurent Binet

1942 à Prague, alors sous le joug nazi représenté par Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis, planificateur de la Solution finale. Deux soldats, un tchèque et un slovaque, entraînés en Grande-Bretagne, sont parachutés avec pour mission de tuer cet homme cruel et implacable.

C’est l’opération Anthropoïde, et la cible, surnommée la chèvre, la bête blonde ou encore le boucher de Prague, est également connue comme Himmlers Hirn heit Heydrich, le cerveau d’Himmler, soit HHhH, d’où le titre du livre.

Mais avant d’arriver à cet épisode historique, l’auteur s’attache à décrire par le menu les personnages, les lieux, le contexte. Tout un faisceau d’indices sont à sa disposition, ses lectures nourrissent son imaginaire et confortent sa documentation pléthorique, si bien qu’il lui faut un certain nombre de pages avant d’en arriver au coeur du sujet.

Mais il y arrive, je vous l’assure, et avec brio !

C’est un livre que j’ai trouvé étrange, à la croisée des chemins entre roman et documentaire, intégrant un peu de biographie aussi, du moins sur le processus d’écriture et l’amour de la Tchécoslovaquie (et de ses femmes…). Un livre un peu ennuyeux à mon goût au départ, mais cependant de plus en plus fascinant au fil des pages. Un livre inclassable, dans lequel l’auteur se joue des genres et nous entraîne dans son jeu. Un livre dans lequel j’ai apprécié la découverte historique, le ménagement du suspense, un peu moins les hésitations et atermoiements quant à la recherche de vérité historique.

Il nous transmet sa fascination pour ce personnage d’Heydrich, et fait d’un moment historique un roman dans toute la dimension littéraire que cela suppose, tout en s’efforçant de n’y insuffler aucun lyrisme, aucune imagination ou imprécision. Un tour de force !

Laurent Binet, né en 1972 à Paris, est un écrivain français.

HHhH a été publié chez Grasset en janvier 2010 (21,25€) et au Livre de poche en mai 2011 (7,90€).

Morceaux choisis :

« En même temps, j’ai dit que je ne voulais pas faire un manuel d’histoire. Cette histoire-là, j’en fait une affaire personnelle. C’est pourquoi mes visions se mélangent quelquefois aux faits avérés. Voilà, c’est comme ça. »

« […] un Tchèque et un Slovaque pour cette opération. Deux hommes pour symboliser l’unité indivisibles de deux peuples. »

« Ceux qui sont morts sont morts, et il leur est bien égal qu’on leur rende hommage. Mais c’est pour nous, les vivants, que cela signifie quelque chose. La mémoire n’est d’aucune utilité à ceux qu’elle honore, mais elle sert celui qui s’en sert. Avec elle je me construis, et avec elle je me console. »

« mais pas encore. Je sais bien qu’il est encore trop tôt. Il n’est pas encore tout à fait à sa place. Tout n’est pas dit. Sans doute je voudrais pouvoir reculer cet instant éternellement, alors même que tout mon être tend si intensément vers lui. »

« Mon histoire est trouée comme un roman mais dans un roman ordinaire, c’est le romancier qui décide de l’emplacement des trous, droit qui m’est refusé parce que je suis l’esclave de mes scrupules. »

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