Retour à Killybegs Sorj Chalandon

Tyrone Meehan vit dans la misère en République d’Irlande, au début de la deuxième guerre mondiale. Sa mère tente d’élever ses nombreux enfants, son père s’est battu pour son pays et se noie maintenant dans la boisson et la violence.

Quand ce dernier meurt, « mort d’avoir survécu à la défaite », la famille n’a d’autre choix que de partir rejoindre Lawrence, l’oncle maternel qui vit à Belfast, de l’autre côté de la frontière.

Tyrone, 16 ans, découvre alors les Britanniques dont il n’avait qu’entendu parler que dans les discours haineux paternels, la distinction entre protestants et catholiques, le ghetto…, avec en toile de fond la deuxième guerre mondiale, un conflit qui lui semble bien éloigné.

Auprès de garçons de son âge, Tom, Danny, Tyrone devient fianna, sorte de scout patriote aidant l’IRA. Puis les événements et les actions s’enchaînent, sans qu’il soit pour autant protagoniste de premier plan, mais fier de son identité.

Lors de son premier séjour en prison, où l’on enferme les fortes têtes, il prête allégeance à l’IRA, rejoignant cette fois les combattants et faisant alors « le serment de tuer » et donc de s’éloigner de sa foi, comme le lui dit le prêtre de la prison.

Tyrone s’enferme dans son rôle de protecteur des Irlandais, tandis que les politiciens négocient.. Au cours d’une action de défense, un tir accidentel fait de lui un meurtrier. Mais son silence le conduit à être considéré comme un héros. Cet événement fait néanmoins basculer sa vie, d’une façon inattendue, l’enfermant dans un piège pendant plus de 20 ans…

On retrouve Tyrone, âgé de 81 ans, à plusieurs moments du livre, jusqu’à l’épilogue redouté et pourtant attendu, l’émotion montant crescendo au fur et à mesure de la découverte de l’histoire.

Ce livre m’a passionnée et captivée. L’écriture fluide et précise m’a permis d’entrer, sans en connaître beaucoup initialement, dans l’histoire de l’Irlande et de ses conflits internes, de la plus belle des façons : de l’intérieur.

On découvre le poids de l’héritage et du destin subis au gré des circonstances plutôt que choisis, les causes qui dépassent les simples partisans ou même les soldats, et qui même les trahissent parfois, la complexité d’un engagement.

On ne peut sortir indemne de cette lecture !

A noter que ce roman est à lire en parallèle avec Mon traître, autre titre de Sorj Chalandon qui évoque la même histoire et que je vais m’empresser de lire !

Sorj Chalandon, né le 16 mai 1952 à Tunis, est un journaliste et écrivain français.

Retour à Killybegs est paru chez Grasset en août 2011 (20,30€) puis au Livre de poche en août 2012 (7,30€). Il a reçu le Prix de l’Académie française.

Morceaux choisis :

« C’était injuste. Tout était injuste. Nous étions seuls au monde, notre guerre balayée par une autre guerre que la nôtre. Le monde entier détournait les yeux. Il fallait compter sur nous seuls, sur nous-mêmes. »

« Pourtant la tristesse, en Irlande, c’est ce qui meurt en dernier. »

« Mais l’impression qu’il y avait toujours un jugement derrière le rideau. Les Britanniques surveillaient nos gestes, l’IRA surveillait notre engagement, les curés surveillaient notre pensée, les parents surveillaient notre enfance et les fenêtres surveillaient nos amours. Rien ne nous cachait jamais. »

« Nous sommes des milliers d’encerclés entourés par des milliards de sourds. »

« C’était ça. Un salaud est peut-être un chic type qui a baissé les bras. »

« J’étais prisonnier, condamné au mensonge à perpétuité […] »

 » Et puis j’ai regardé ses lèvres, leur mobilité extrême, cette façon particulière qu’ont les Français de mâcher largement leurs mots. Il parlait bouche ouverte, comme les gens sans secrets. »

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