La traversée Jean-Claude Tixier

Sam vit avec sa famille dans un pays africain. Son père est pêcheur, mécanicien aussi pour joindre les deux bouts. La famille est pauvre comme beaucoup. Sam, adolescent, ne voit son avenir que dans la fuite.

Ayant réussi à mettre de l’argent de côté et à trouver un passeur, il quitte les bords de son océan natal pour un voyage périlleux à l’assaut de l’Europe, qui lui semble si belle et si facile à la télé. Il aimerait lui aussi travailler, gagner de l’argent et manger à sa faim. Pourquoi pas ?

N’ayant pas réussi à convaincre son meilleur ami, c’est seul qu’il part sur les routes. Il rencontre des passeurs avides, des fuyards comme lui, des roublards, des violents… Et Thiane aussi, une jeune fille de son âge.

Forcé de rester dans un camp en Libye pendant quelques temps, il parvient enfin, grâce à ses connaissances maritimes, à prendre la mer.

Mais comme dans beaucoup de récits d’actualité, son bateau pourri et surchargé se fracasse dans la tempête…

Dans l’eau, Sam se remémore ses rêves, ses regrets, se rattache à ses rencontres, ses souvenirs…

C’est une histoire triste, qui colle à la réalité des faits divers régulièrement égrenés par les informations, que l’auteur nous raconte. Celle d’un adolescent parmi d’autres, qui choisit l’exil et un chemin parsemé d’embûches dans l’espoir d’une vie meilleure, ou d’une vie tout court.

Il y met de la vie, il y met des sentiments, il nous présente des personnages auxquels on peut facilement s’identifier, des hommes et des femmes que le destin pousse sur les routes malgré eux, pour fuir qui la pauvreté, qui un mariage forcé, qui la maladie…

Sam au cours de son périple rencontre Youssou, Thiane, Samry, autant des destins divers et qui pourtant parlent d’une seule voix.

Jean-Claude Tixier, s’il ne s’appesantit pas sur l’histoire de chacun, qu’il nous laisse plutôt deviner, met l’accent sur les émotions, celles de la petite soeur de Sam qui sent son frère lui échapper progressivement, celles de sa mère qui lutte pour garder ses enfants auprès d’elles et pour qu’ils ne croient pas aux mirages, de la fuite ou de l’argent facile. C’est un choeur de personnages qui forment le portrait, forcément multiple, de l’exilé, rassemblés dans un destin commun.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui se lit facilement et rapidement, qui permet d’évoquer en famille un sujet difficile, l’exil. J’ai trouvé le récit fort et poignant. J’ai apprécié la fin qui laisse penser que toutes les issues sont possibles. Assurément il ne laisse pas indifférent. A réserver à des adolescents.

Ancien journaliste, Jean-Claude Tixier est aujourd’hui auteur et éditeur.

La Traversée est paru en mai 2015 chez Rageot (9,50€).

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