Eldorado Laurent Gaudé

Salvatore est un marin sicilien. Depuis 20 ans, il patrouille dans les eaux de la Méditerranée à la recherche de clandestins livrés au sort. Pour les sauver oui, mais surtout pour les intercepter.

C’est dans les rues de Catane que le regard d’une femme se pose sur lui. Eberlué, il finit par la reconnaître. Deux ans auparavant, il l’avait récupérée sur un des innombrables bateaux qui sillonnent la mer. Elle lui raconte alors son périple, la misère, le bateau comme échappatoire, les sommes folles englouties, les marins qui les abandonnent, la mort de son fils nourrisson… Depuis son arrivée en Italie elle n’a pensé qu’à la vengeance, et lui fait une demande saugrenue. Elle veut une arme et retrouver l’armateur qui a empoché l’argent et les a livré à la mort en toute connaissance de cause…

Salvatore contre toute attente acquiesce à la demande. Sa vie en est changée, il ne pense qu’à cette femme, regarde sont métier avec dégoût, et décide sur un coup de tête de tout quitter, de se dépouiller de ses biens et jusqu’à son identité, pour traverser la Méditerranée à son tour, s’immerger dans la réalité de tous ces clandestins.

Au Soudan, Soleiman et Jamal quant à eux s’apprêtent à faire le grand saut, tout quitter pour une promesse d’avenir meilleur. Mais Soleiman va devoir faire la route seul. Au moment de partir Jamal lui annonce qu’il est malade et ne peut l’accompagner. Soleiman entame alors la route, traverse des étendues désertiques, se fait voler et tabasser par des passeurs, vole à son tour, expérimente l’amitié et la solitude…

Au gré des chapitres, les destins de ces hommes et femmes s’entrecroisent, pour nous livrer un tableau humain très riche et touchant. Peu de détails sur les pays d’origine et les situations personnelles des personnages, qui tous se rejoignent dans la même souffrance de l’exil et de la perte, la même misère supposée, la même envie, celle d’un eldorado répondant à tous leurs souhaits de richesse ou simplement de bonheur.

J’ai aimé ce roman très bien écrit, qui nous présente la réalité de l’émigration sous un jour nouveau, très humain et qui délivre beaucoup d’émotions.

Laurent Gaudé, né en 1972 à Paris, est un écrivain français.

Eldorado est paru en 2006 chez Actes Sud (19€) puis en poche chez Babel en 2006 (7,70€) et J’ai lu en 2009 (6,10€).

Morceaux choisis :

« Des hommes partaient sauver d’autres hommes, par une sorte de fraternité sourde. Parce qu’on ne laisse pas la mer manger les bateaux. On ne laisse pas les vagues se refermer sur des vies sans tenter de les retrouver. »

« Je me suis trompé. Aucune frontière n’est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans sentir la moindre difficulté, mais il faut s’arracher la peau pour quitter son pays. Et qu’il n’y ait ni fils barbelés ni poste frontière ni change rien. J’ai laissé mon frère derrière moi, comme une chaussure que l’on perd dans la course. Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. »

« Les passeurs, en me prenant tout ce que j’avais, sans le savoir, me condamnent au voyage. Il n’est plus possible de rebrousser chemin. Pas comme ça. Pas piteux et misérable. Je n’ai plus rien. Mais je n’ai plus d’autres solutions que de continuer. Je ne montrerai mon échec à personne. Je vais en préserver ceux que j’aime. »

« Alors  Angelo recommande  son ami au ciel en se disant que les hommes n’étaient décidément beaux que des décisions qu’ils prennent. »

« Les hommes, dans la nuit, se racontaient des histoires pour se faire briller les yeux. Le vieux monde n’était pas mort. Il était encore des êtres secoués d’impatience qui souriaient au rêve toujours recommencé du lointain bonheur que l’on va chercher. »

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