Sylvain Tesson, au cours d’un voyage, avait été fasciné par les rives du lac Baïkal, et s’était promis d’y retourner pour y passer du temps. C’est chose faite quelques années plus tard, quand il décide de s’installer en ermite dans une cabane au bord du lac.

En février 2010, il commence donc cette expérience radicale. Loin de tout, avec pour seule compagnie la visite très aléatoire de quelques voisins que l’on prend plaisir à rencontrer avec lui, pêcheurs, garde-chasse, mésanges…, il organise sa vie, rythmée par le travail physique et par le passage du temps qui s’étire.

La vodka, bue à grands volumes, est également sa compagne, et on perçoit comme des fêlures dans cette vie choisie, rêvée sans doute aussi, dans cette expérience vécue entre plaisir et douleur.

Sylvain Tesson se plonge aussi dans les nombreux livres qu’il a méticuleusement choisis, et emportés, pour accompagner sa retraite, comme une sorte de bibliothèque idéale. Il nous en livre de nombreux passages, il y puise du sens, sans doute est-ce ce qu’il cherche, du sens à la vie.

Le silence, l’observation, ou au contraire l’abrutissement par une activité physique intense, l’introspection progressive permettent à l’auteur d’explorer ses sentiments, et on vit avec lui cette expérience d’ermite, de solitude absolue et de petitesse face aux éléments.

Ce livre m’a beaucoup plu. J’ai aimé le récit d’une expérience unique, mais également la perception des failles de l’homme. Solitude choisie ou fuite, je me suis posée la question.

En tous les cas c’est le récit d’une expérience unique, d’un moment très personnel et que j’ai trouvé très inspirant.

Sylvain Tesson est un écrivain et voyageur français né en 1972 à Paris.

Dans les forêts de Sibérie est paru chez Gallimard en 2011 puis en plusieurs éditions de poche et gros caractères.

Morceaux choisis :

« L’hiver transforme toute chose en tableau hollandais : précis et vernissé. »

« La cabane fume dans son bosquet de cèdres. La neige a meringué le toit, les poutres ont une couleur de pain d’épice. J’ai faim. »

« C’est drôle, on se décide à vivre en cabane, on s’imagine fumant le cigare devant le ciel, perdu dans ses méditations et l’on se retrouve à cocher des listes de vivres dans un cahier d’intendance. La vie, cette affaire d’épicerie. »

« Il suffisait de demander à l’immobilité ce que le voyage ne m’apportait plus : la paix. »

« Une fuite, la vie dans les bois ? La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l’habitude donnent à l’élan vital. Un jeu ? Assurément ! Comment appeler autrement un séjour de réclusion volontaire sur un rivage forestier avec une caisse de livres et des raquettes à neige. une quête ? Trop grand mot. Une expérience ? Au sens scientifique, oui. La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s’inventer une vie ralentie. »

« Le luxe de l’ermite, c’est la beauté. Son regard, où qu’il se pose, découvre une absolue splendeur. »

« Au réveil, mes journées se dressent, vierges, désireuses, offertes en pages blanches. Et j’en ai par dizaines en réserve dans mon magasin. Chaque seconde d’entre elles m’appartient Je suis libre d’en disposer comme je l’entends, d’en faire des chapitres de lumière, de sommeil ou de mélancolie. Personne ne peut altérer le cours de pareille existence. Ces jours sont des êtres d’argile à modeler. Je suis le maître d’une ménagerie abstraite. »

« La solitude est une patrie peuplée du souvenir des autres. Y penser console de l’absence. »

« Prodigieux comme on se déshabitue vite du barnum de la vie urbaine. Quand je pense à ce qu’il me fallait déployer d’activité, de rencontres, de lectures et de visites pour venir à bout d’une journée parisienne. Et voilà que je reste gâteux devant l’oiseau. La vie de cabane est peut-être une régression. Mais s’il y avait progrès dans cette régression ? »

« Je veux m’enraciner, devenir la terre après avoir été du vent. »

« L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. »

« Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l’espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l’âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographique. L’équation de la conquête mène en cabane. »

« Nous sommes toujours en retard de vivre. Le temps n’offre pas de deuxième chance. La vie se joue à un coup. Et moi qui me suis enfui dans la forêt, la laissant derrière moi. »

« Les livres sont plus secourables que la psychanalyse. Ils disent tout, mieux que la vie. Dans une cabane, mêlés à la solitude, ils forment un cocktail lyrique parfait. »

« Le luxe ? C’est le déploiement devers moi de vingt-quatre heures, offertes chaque jour à mon seul désir. »

« La vie en cabane est un papier de verre. Elle décape l’âme, met l’être à nu, ensauvage l’esprit et embroussaille le corps, mais elle déploie au fond du coeur des papilles aussi sensibles que des spores. L’ermite gagne en douceur ce qu’il perd en civilité. »

« Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre. »

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à me suivre sur Facebook !