Si c'est un homme Primo Levi

C’est le livre Une vie, de Simone Veil, qui m’a donné envie de découvrir ce « classique » que je n’avais jamais lu. Non que je sois particulièrement passionnée par cette sombre période historique, ni que je cherche à tout prix à accumuler les témoignages, mais les mots de Simone Veil, qui s’étend très peu sur sa propre expérience à Auschwitz finalement, m’ont touchée et donné envie de lire un récit plus circonstancié si l’on peut dire.

Primo, ingénieur chimiste, est raflé avec d’autres juifs de Turin. Il est envoyé au camp d’Auschwitz en février 1944. De cet univers d’hommes jeunes (les femmes, enfants et vieux ont vite disparu de leur vue), il raconte la promiscuité, la faim, le travail harassant. Mais aussi l’organisation qui étonnamment découle inexorablement de toute assemblée d’êtres humains, peu importe leurs conditions de vie. Une organisation dont il faut très vite comprendre les rouages, les règles, sous peine de se faire voler son pain, battre encore plus, affecter aux tâches les plus pénibles, subir la « sélection »… Une organisation avec une hiérarchie qui peut protéger ou malmener, des règlements en dehors de toute humanité, des amitiés fortes aussi, malgré tout.

Entre ceux qui ont irrémédiablement perdu leur part d’humanité, ceux qui pensent la garder en étant plus brutaux que nécessaire, ceux qui luttent pour leur vie, pour l’avenir ou tout simplement pour arriver au lendemain, ceux qui se pensent supérieurs… c’est un condensé de l’humanité dans toutes ses composantes, dans des conditions de vie extrêmes.

Dans une écriture très forte, oscillant entre détachement et précision naturaliste, Primo Levi décrit très bien le processus de déshumanisation mis en oeuvre par les nazis, et toute l’horreur des mécanismes mis en oeuvre. C’est un témoignage incontournable sur un épisode historique insoutenable, mais qu’il faut néanmoins garder en mémoire…

L’édition que j’ai lue comportait une partie documentaire avec une interview de l’auteur, une préface de livre, et des réponses (à destination des lycéens) répondant aux questions qui lui ont le plus souvent été posées. J’ai beaucoup apprécié ces compléments, qui permettent en effet d’ajouter des éléments d’information sur l’époque ou le ressenti de Primo Levi à d’autres moments.

Primo Levi, né en 1919 à Turin et mort en 1987 dans cette même ville, est un docteur en chimie et écrivain italien.

Si c’est un homme a fait l’objet de nombreuses éditions, en Italie puis en France, depuis son écriture entre décembre 1945 et janvier 1947.

Morceaux choisis :

« Les personnages de ce récit ne sont pas des hommes. Leur humanité est morte, ou eux-mêmes l’ont ensevelie sous l’offense subie ou infligée à autrui. »

« Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer : cela n’a été aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands. »

‘[…] lorsque j’ai écrit ce livre, j’ai délibérément recouru au langage sobre et posé du témoin plutôt qu’au pathétique de la victime ou à la véhémence du vengeur […] »

« […] « en vivant, puis en écrivant et en méditant cette expérience, j’ai beaucoup appris sur les hommes et sur le monde. »

« Mon modèle – ou si vous préférez, mon style – se fondait sur les rapports hebdomadaires que l’on fait régulièrement dans les entreprises : ils doivent être précis, concis et écrits dans un langage compréhensible par tout le monde dans la hiérarchie industrielle ; et certainement pas dans un jargon technique. »

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