Dans la forêt Jean Hegland

Nell et Eva, 17 et 18 ans, vivent dans la maison familiale, au coeur de la forêt. Leur mère vient de mourir d’une longue maladie, elles ont été éduquées à la maison par leurs parents et leurs lectures, elles se rendent de temps à autre en ville avec leur père, et profitent de quelques instants en groupe pour vivre leur jeunesse, rencontrer des ados de leur âge, écouter de la musique, aller au café.

Mais des rumeurs bruissent. Déjà les lignes téléphoniques ne fonctionnent plus, l’essence devient rare et les coupures d’électricité de plus en plus fréquentes. De folles rumeurs circulent, une menace plane sur la ville, sur la vie telle qu’elle a toujours été.

Puisqu’il faut économiser le carburant, leurs trajets en ville se font plus rares. Eva qui rêve de danse et Nell qui ambitionne d’entrer à Harvard, se voient contraintes par leur père à participer à l’entretien du potager, à la récolte des fruits et légumes et à leur mise en bocaux pour l’hiver.

Lors d’un dernier trajet jusqu’à la ville, le trio découvre avec stupeur les maisons vides, les gens hagards ou disparus, la vie enfuie. Dans un grand magasin où ne restent que quelques denrées éventées, ils échangent leurs derniers billets, et retournent vite dans leur forêt, la peur au ventre. Cette fois-ci, il s’agit d’organiser leur survie, en attendant que toutes les communications soient rétablies, que l’Etat reprenne le contrôle et que la normalité revienne.

Quand leur père meurt d’un accident de tronçonneuse, que Nell et Eva ne peuvent le transporter en ville, où d’ailleurs il n’y a plus ni médecins ni médicaments, elles n’ont d’autre choix que de le réconforter en le regardant se vider de son sang. Et se retrouvent désormais seules au monde.

Deux hommes vont tour à tour leur rendre visite. Eli, avec qui Nell avait commencé à flirter, s’installe avec elles, faisant naître une complicité entre lui et Nell, et la méfiance d’Eva. Alors que Nelle envisage un futur avec lui, loin de la forêt, elle renonce à son projet pour rester avec sa soeur. Quelque temps plus tard, alors qu’Eva est seule, un homme de passage s’en prend à elle et la viole.

Dans le huis clos entre les deux soeurs qui suit, dans les moments de tension, de tendresse, de doute, on les voit grandir l’une et l’autre, se transformer, s’adapter aux circonstances et à leur vie qui se transforme, et progressivement aller vers une nouvelle vie…

Traversé de part en part par une angoisse sourde, ce roman m’a tenue en haleine avec beaucoup d’habileté.

L’idée d’une disparition de la civilisation, de ne pas savoir exactement quelle est la menace, quel est l’origine de cette déliquescence de la société, quel est le mal qui rôde, se transforme petit à petit en angoisse pour deux jeunes filles seules face à la nature. Lorsque c’est l’Homme qui devient menace à son tour pour elles, c’est de la forêt, l’usage sage de ses ressources, qu’on sent venir l’avenir, de là que peut renaître la vie, différente, renouvelée, apaisée.

Ce roman m’a beaucoup interrogée, m’a fait réfléchir. Ce n’est pas réellement de la science-fiction, le contexte apocalyptique n’étant pas décrit et ne servant que de prétexte. C’est davantage une fiction où le réel pourrait ressembler à un futur proche, où les sentiments, les émotions sont décortiquées, évoluent au rythme du changement de vie qui s’opère, au rythme de ces jeunes filles qui grandissent et mûrissent malgré elles.

Dans la forêt est paru en janvier 2017 chez Gallmeister (23,50€).

Jean Hegland, née en 1956 à Pullman dans l’État de Washington, est une écrivaine américaine.

Livre lu dans le cadre du Prix du roman Cézam inter-CE 2018.

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