Repose-toi sur moi Serge Joncour

Aurore, belle et élégante jeune femme, vit dans un luxueux appartement parisien. Auprès de son mari Charles, franco-américain, entrepreneur de génie à qui tout réussit, elle mène de front sa vie de mère de deux petits enfants et sa carrière. Styliste, elle a créé une marque à son nom il y a quelques années, en s’associant avec son ami Fabian.

Ludovic, la quarantaine, a quitté sa Corrèze natale il y a trois ans, après la mort de sa femme Mathilde d’un cancer. Il a fui en même temps la ferme familiale, laissant le champ libre à sa soeur et à son mari dans une exploitation à l’ancienne, qui ne pouvait de toutes façons plus tous les nourrir. Depuis il fait du recouvrement, visitant petites gens et filous afin de leur faire payer leurs dettes.

C’est dans la cour commune de leurs appartements respectifs, l’une vivant dans la partie en façade, rénovée, l’autre dans la partie ancienne et un peu vétuste à l’arrière, que ces deux-là se croisent parfois, deux mondes parallèles que rien ne rassemble.

Aurore a depuis quelques mois l’impression que sa vie se fissure, débordée par ses enfants, éloignée d’un mari dont la réussite aveuglante lui fait ressentir ses propres limites, méfiante désormais à l’égard d’un associé qui ne lui parle plus et semble prendre l’ascendant… Même les deux corbeaux qui ont élu domicile dans les grands arbres de sa cour semblent s’être ligués pour lui faire peur, elle en vient à paniquer de les rencontrer.

Ludovic est simplement curieux de cette femme, de cette famille aisée qui lui paraît vivre dans un autre monde, inaccessible. Lorsqu’il surprend Aurore paniquée par les corbeaux, il revient avec un fusil de chasse et les tue, comme par réflexe de protection. Sa carrure imposante, son passé de rugbyman et son flegme ont toujours fait de lui, aux yeux des autres, un homme rassurant, que rien n’ébranle, que rien ne touche, et il s’est malgré lui enfermé dans ce personnage.

C’est ce que voit Aurore en lui, à ce moment où elle perd le contrôle de sa vie, alors dans un réflexe elle se raccroche à lui, lui offre ses lèvres et se confie bientôt à lui. Ludovic, troublé, prend à bras le corps ce rôle de défenseur, accompagnant Aurore et la conseillant pour essayer de rétablir sa société, devenant également amants.

Tous deux s’enfoncent dans des actes irraisonnés, Aurore se raccroche à cet homme qui lui est pourtant inconnu et terriblement éloigné, puisant du réconfort dans sa force présumée. Ludovic quant à lui n’ose espérer reprendre goût à la vie, retrouver un jour le chemin de l’amour. Dans un tourbillon, ils semblent vivre une parenthèse qui ne peut pas avoir d’issue positive… Et pourtant !

J’ai adoré ce roman très bien construit, dont les portraits des personnages sont amenés par petites touches, évoluent, nous font ressentir toutes les facettes de deux personnalités bien distinctes, toutes les failles, les forces et les faiblesses, les hésitations et les coups de sang. J’ai beaucoup aimé le lien qui s’est tissé entre Aurore et Ludovic, un peu moins quand l’une a pris l’ascendant sur l’autre, et beaucoup le retournement final.

Un grand roman qui nous livre l’intimité des sentiments, qui interroge sur la force des émotions, le pouvoir des êtres les uns sur les autres. Une très belle découverte d’un auteur également, dont j’ai hâte de lire d’autres titres.

Serge Joncour est un écrivain français né en 1961.

Repose-toi sur moi est paru en août 2016 chez Flammarion (21€) puis chez J’ai lu en mai 2017 (8,40€).

Morceaux choisis :

« Une famille, c’est une embarcation fragile, surtout dans une ferme paumée, à cinq kilomètres du premier village, une ferme isolée où les générations se côtoient, il faut bien qu’il y en ait un qui, mine de rien, tempère et répartisse les charges, qui garde un peu de recul, sans quoi chacun y va de son avis et on ne s’en sort plus. »

« Aux premiers moments d’une histoire, l’idée de l’autre obsède, on y pense tout le temps, ce qu’on a vécu avant ‘existe plus, le passé est cette chose insignifiante et prodigieuse qui s’est contentée de nous amener là, comme si vivre n’avait servie qu’à ça, à ce besoin de retrouver l’autre. »

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